Attribution
La théorie de l'attribution:
La théorie de l'attribution s'inscrit dans la lignée des recherches sur l'équilibre, la stabilité . Il s'agit en fait de savoir de quelle façon les sujets attribuent des propriétés stables à leur environnement. Jones et Davis (1965) essaient de définir quelle est la contribution de l'attribution dans la perception d'autrui et Kelley (1967) élargit les conséquences de cette attribution à la perception de l'ensemble du monde extérieur d'un sujet.
L'attribution selon Jones et Davis.
Pour Jones et Davis, le problème central est la recherche de l'attribution à autrui de dispositions personnelles stables à partir d'actions observées. Plus exactement, il s'agit d'inférer les intentions sous-jacentes au comportement d'un individu, ces intentions attribuées permettant elles-mêmes d'attribuer à cet individu une disposition personnelle. Sans entrer dans le détail de ce modèle, nous pouvons dire que les conditions et les propositions concernant l'attribution peuvent être résumées comme suit :
— Pour qu'un sujet observateur puisse attribuer des intentions et au-delà de ces intentions des dispositions personnelles à un sujet agissant, il faut que ce sujet agissant
1) anticipe les effets de son action et ait les capacités nécessaires pour l'accomplir ;
2) ait une certaine liberté de choix (qu'il ait dans une situation donnée le choix entre plusieurs actions possibles).
— Une fois posées ces deux conditions, le processus de l'attribution se déroulerait de la façon suivante :
1) le sujet observateur repère les effets d'une action ;
2) il compare ces effets à(aux) effet(s) de(s) l'action(s) possible (s) mais non effectuée(s) par le sujet agissant afin de déterminer les effets communs et les effets spécifiques deux actions spécifiques pouvant avoir des effets communs) :
3) enfin il établit des correspondances entre l'intention et la disposition permanente en se basant sur les effets spécifiques de l'action choisie et de(s) l'action(s) rejetée(s).
Mais, dans ce modèle, les comportements sont d'autant plus informatifs sur les dispositions stables d'un individu que ces comportements sont plus saillants ; on peut alors dire avec Apfelbaum et Herzlich (1971, p. 963) que l'attribution de caractéristiques individuelles s'identifie à l'attribution de caractéristiques déviantes ; la théorie ne permet aucune inférence face aux autres types de comportements Trouver une disposition personnelle se confond avec l'appréhension de caractéristiques déviantes. On peut même alors se demander si c'est bien une caractéristique personnelle qui est inférée et non une caractéristique de groupe, ces caractéristiques déviantes ne pouvant être en fin de compte que la norme d'un autre groupe.
L'attribution selon Kelley.
Pour Kelley, il s'agit d'un processus inférentiel permettant à l'individu d'atteindre la connaissance de son environnement. Ce mécanisme permettrait à l'individu d'avoir une vue scientifique ou objective de son entourage ou d'approcher une telle connaissance. Non seulement le sujet tendrait vers cette connaissance objective du monde, mais ce serait une de ses motivations importantes que de chercher à atteindre cette « maîtrise cognitive”. Dans ce modèle, les facteurs permettant à un sujet d'attribuer une cause à un effet sont au nombre de quatre :
1) les objets de l'environnement ;
2) les personnes en interaction avec ces objets ;
3) la permanence dans le temps ;
4) la constance suivant les modalités d'interaction avec ces objets. En traitant l'information venant simultanément de ces quatre facteurs suivant une sorte d'analyse de variance, le sujet peut inférer des causes à partir des effets. L'attribution permet la connaissance vraie des objets de l'environnement si elle est constante (aussi bien dans le temps qu'en fonction des circonstances des interactions avec ces objets), si quelles que soient les personnes en interaction avec ces objets les inférences sont les mimes (existence d'un accord, d'un consensus entre les personnes) et, bien sûr, en fonction de la spécificité des effets (liée aux objets). Nous pouvons faire plusieurs remarques à propos de ce modèle: Tout d'abord, les sujets dans leurs attributions sont supposés se comporter comme des statisticiens se livrant à un traitement objectif de l'information. De plus, comme l'ont souligné Apfelbaum et Herzlich (1971) pour prétendre atteindre à une connaissance objective de l'environnement, il faudrait admettre en fin de compte qu'un sujet ne soit nullement impliqué dans son interaction ou concerné par son entourage. Cette théorie de l'attribution semble s'appliquer à un sujet isolé, détaché de tout contexte social, passif vis-à-vis du monde qui l'entoure. La dimension sociale de l'attribution n'est pas envisagée. Ces théories de l'attribution paraissent à la fois trop simples et trop complexes. Comme l'ont exposé Moscovici et Faucheux (1972) dans des travaux sur l'influence, s'il y a attribution de propriétés stables à l'environnement, cette attribution n'est pas simple (!) traitement de l'information mais serait à définir en termes d'échange, de négociation entre soit et autrui. La négociation permettrait d'instituer un contrat social qui, dans cette perspective, substituerait à l'état de nature l'état de société. Les sujets ne chercheraient pas à avoir une vue objective de la réalité et il semble indispensable de tenir compte des processus d'influence s'exerçant dans les relations inter et intra-groupes.
A la conception d'une réalité physique (stable et appréhendée par un pur traitement de l'information) s'oppose celle d'une réalité construite socialement. Kelley ne nie pas la possibilité d'existence d'un consensus social niais il semble affirmer que réalité sociale et réalité physique sont indépendantes et que, en dernier ressort, c'est la réalité physique (constante et de laquelle on peut avoir une image vraie) qui est la plus importante pour le sujet. Il nous semble au contraire que parfois, dans les processus de perception de la structure causale de l'environnement, l'attribution est faite plus en fonction de caractéristiques perçues à travers des phénomènes tels que la différenciation intergroupes qu'en fonction de caractéristiques vraies, objectives, de l'entourage.
Attribution (2023). Larousse. URL: https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/attribution/6325
Deschamps, J. (2022, April 4). L’attribution, la catégorisation sociale et les représentations intergroupes. https://www.persee.fr/doc/bupsy_0007-4403_1974_num_27_312_10548