Acte locutionnaire
Les dimensions locutoire, illocutoire et perlocutoire sont les trois dimensions-clés autour desquelles s'articule un acte de langage. Depuis qu'elles ont été posées par Austin, elles sont aussi — à côté de l'idée de performativité — au cœur des discussions sur la théorie des actes de langage.
Austin commence à développer la théorie des actes de discours à la fin de la septième conférence de How to Do Things with Words. Il distingue alors l'acte locutionnaire - l'acte de dire quelque chose - et l'acte illocutionnaire qu'on accomplit nécessairement quand on dit quelque chose. Ces deux actes ne sont distinguables que conceptuellement, parce qu'ils sont deux aspects d'une seule et même réalité, l'acte de discours total : je ne puis dire quelque chose sans eo ipso accomplir un acte illocutionnaire. Par exemple : en énonçant la phrase « Georges viendra”, je dis que Georges viendra (acte locutionnaire), et en disant que Georges viendra j'avertis, je constate, je menace, je conclus ou je prédis (acte illocutionnaire) ; de même, en énonçant la phrase « viens donc » je te dis de venir (acte locutionnaire), et en te disant de venir je te donne un ordre, une permission ou un conseil, je te soumets une requête ou je te défie (acte illocutionnaire). Dans la suite de cet article, je présupposerai une certaine familiarité du lecteur avec la notion d'acte illocutionnaire, et je ne m'occuperai ni de la définir, ni d'exposer les problèmes qu'elle soulève : seule va me retenir la notion d'acte locutionnaire. Une mise au point la concernant présente un double intérêt : d'une part, en effet, la théorie du locutionnaire est une des parties les moins élaborées de la doctrine austinienne, et elle pose de sérieux problèmes d'interprétation dont il convient au moins d'avoir conscience ; d'autre part l'interprétation que je vais proposer, animée par un souci plus théorique qu'exégétique, est adaptée aux récents développements de la théorie des actes de discours et fournit un cadre adéquat pour traiter le problème des actes de discours indirects et certains problèmes apparentés (statut sémantique des performatifs explicites, etc.).
L'acte locutionnaire, consistant à dire quelque chose, est déjà un acte complexe, que Austin décompose en trois sous-actes : l'acte phonétique, l'acte phatique et l'acte rhétique. Pour dire quelque chose, il faut d'abord que j'articule une certaine séquence sonore : c'est l'acte phonétique; il faut encore que la séquence sonore articulée puisse valoir comme réalisation d'une phrase du langage, et que je l'aie émise à ce titre : quand ces deux conditions sont remplies, l'acte phonétique est aussi un acte phatique. Austin appelle « phone » ce qui est énoncé au cours d'un acte phonétique, et « phème » ce qui est énoncé au cours d'un acte phatique.
Pavelin B. (2000-2001) Actes locutoire, ilocutoire et perlocutiore. Studia Romanica Et Anglia Zagrabiensia (SRAZ). p. 109-117. Seminar za taljansku filologiju. URL: https://hrcak.srce.hr/file/173929
Récanati F. (1980) Qu'est-ce qu'un acte locutionnaire. Communications, # 32, Les actes de discours. pp. 190-215. URL: https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1980_num_32_1_1485